Sophrologie et exercice illégal de la médecine : une frontière claire à respecter

Éditorial du président du Syndicat des Sophrologues Indépendants

La récente actualisation de l’article L.4161-1 du Code de la santé publique, entrée en vigueur le 29 juillet 2026, mérite une explication claire. Elle ne crée aucune interdiction nouvelle visant la sophrologie. Elle nous invite toutefois à rappeler avec précision la place du sophrologue et les limites juridiques de son intervention.

Le sophrologue accompagne la personne vers un mieux-vivre. Il ne pratique pas la médecine.

Ce que dit la loi

Selon l’article L.4161-1 du Code de la santé publique, exerce illégalement la médecine toute personne non autorisée qui participe habituellement ou de manière suivie :

  • à l’établissement d’un diagnostic ;
  • au traitement d’une maladie réelle ou supposée ;
  • à la réalisation d’un acte réservé à un professionnel de santé.

 

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L'éditorial du Président

La modification de juillet 2026 concerne principalement certaines compétences légalement reconnues aux pharmaciens, aux infirmiers et aux masseurs-kinésithérapeutes.

Elle ne donne pas au sophrologue le statut de professionnel de santé et ne remet pas en cause l’exercice de la sophrologie lorsqu’il demeure dans le champ de l’accompagnement non médical.

Ce que peut faire un sophrologue

Dans le respect de sa formation et de ses compétences, le sophrologue peut proposer des techniques de respiration, de détente corporelle, de relaxation dynamique, de concentration et de visualisation positive.

Il peut notamment accompagner une personne pour :

  • mieux vivre une période de stress ;
  • renforcer ses capacités d’adaptation ;
  • favoriser un rapport plus apaisé au sommeil ;
  • se préparer à un examen, une compétition ou un événement important ;
  • mieux traverser une période de changement ;
  • développer la présence à soi et la confiance en ses ressources ;
  • mieux vivre les répercussions personnelles et émotionnelles d’une difficulté ou d’une maladie.

Le sophrologue intervient sur la manière dont la personne vit une situation. Il ne traite pas la maladie elle-même.

Cette distinction est essentielle. Accompagner une personne atteinte d’une pathologie afin de l’aider à mobiliser ses ressources ne signifie ni diagnostiquer cette pathologie ni prétendre la soigner.

Ce qu’un sophrologue ne doit pas faire

Le sophrologue ne doit jamais :

  • établir ou suggérer un diagnostic médical ;
  • prétendre traiter, soigner ou guérir une maladie ;
  • prescrire, modifier ou interrompre un traitement ;
  • interpréter des examens médicaux ou des symptômes ;
  • conseiller à une personne de retarder ou d’abandonner une consultation médicale ;
  • promettre un résultat thérapeutique ;
  • entretenir une confusion avec la profession de médecin, de psychologue ou avec une autre profession de santé réglementée.

Cette vigilance concerne les séances, mais également les sites internet, les annuaires professionnels, les réseaux sociaux, les brochures, les cartes de visite et tous les documents remis au public.

Ce ne sont pas seulement les mots employés qui sont examinés juridiquement. La réalité des pratiques, les explications données, les promesses formulées et la présentation générale de l’activité peuvent également être prises en considération.

La mention selon laquelle « la sophrologie ne remplace pas un suivi médical » est utile. Elle ne suffirait toutefois pas à protéger un praticien qui prétendrait, dans les faits, diagnostiquer ou traiter une maladie.

Les interventions en milieu hospitalier

La sophrologie peut avoir toute sa place dans un établissement hospitalier lorsqu’elle est proposée comme un accompagnement complémentaire, clairement distinct du diagnostic et des soins médicaux.

L’intervention doit alors être encadrée par l’établissement et respecter plusieurs principes :

  • définir précisément l’objet non médical de l’accompagnement ;
  • obtenir l’accord libre de la personne ;
  • respecter les règles de sécurité et de confidentialité ;
  • intervenir en coordination avec les professionnels concernés ;
  • ne jamais modifier les soins ou les prescriptions ;
  • signaler à l’équipe soignante toute difficulté préoccupante, sans établir d’interprétation médicale ;
  • n’accéder qu’aux informations strictement nécessaires et expressément autorisées.

Une orientation par un médecin ne transforme pas le sophrologue en professionnel de santé. De même, intervenir à l’hôpital ou en présence d’un médecin n’autorise pas à accomplir un acte médical.

Le sophrologue demeure responsable de ses propres actes et doit conserver une posture professionnelle conforme à son champ de compétences.

Des sanctions importantes

L’exercice illégal de la médecine est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Lorsque l’infraction est commise au moyen d’un service de communication en ligne ou d’un support numérique ou électronique, les peines peuvent atteindre cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Des sanctions complémentaires, dont une interdiction d’exercer, peuvent également être prononcées.

Ces sanctions justifient une vigilance particulière dans la présentation des prestations en ligne et dans l’utilisation de termes médicaux ou thérapeutiques.

Une position professionnelle claire

Le Syndicat des Sophrologues Indépendants défend une sophrologie professionnelle, responsable et transparente.

Le sophrologue n’est pas, en cette seule qualité, un professionnel de santé. Il est un professionnel de l’accompagnement de la personne. Il ne pose pas de diagnostic, ne prescrit pas de traitement et ne se substitue jamais aux médecins ni aux autres professionnels de santé.

Cette délimitation ne diminue pas la valeur de notre métier. Elle en renforce, au contraire, la crédibilité, la sécurité et la légitimité.

Notre responsabilité collective est de présenter la sophrologie pour ce qu’elle est réellement : une pratique d’accompagnement mobilisant des techniques structurées pour aider la personne à mieux vivre une situation, à développer ses ressources et à retrouver une présence plus consciente à elle-même.

En cabinet privé comme en milieu hospitalier, notre ligne doit rester parfaitement claire :

Accompagner la personne sans diagnostiquer, sans traiter une maladie et sans se substituer aux professionnels de santé.

C’est dans ce cadre précis, éthique et juridiquement sécurisé que la sophrologie peut continuer à se développer et à apporter toute sa contribution au mieux-vivre des personnes.

Alain Giraud
Président du Syndicat des Sophrologues Indépendants – SSI


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