Le temps du flou est terminé
La confiance du public se mérite par des règles
Il y a, dans les métiers du prendre soin, une vérité simple que trop de discours contournent encore : la liberté d’exercer ne vaut rien si elle ne commence pas par la protection des personnes. Dans un domaine aussi sensible que l’accompagnement à la santé, la confiance du public ne se décrète pas. Elle se mérite. Elle se construit. Et elle ne tient que par une chose : des règles claires, publiques et opposables.
C’est précisément sur ce point que se joue aujourd’hui la crédibilité de tout un secteur. Car enfin, que vaut un métier qui refuse de dire ce qu’il est ? Que vaut une pratique qui brouille la frontière entre accompagnement, prévention et acte médical ? À force d’entretenir les zones grises, on fragilise tout le monde : les professionnels sérieux, les usagers, et plus largement l’idée même d’une prévention responsable.
<p>La CPPAS, la Chambre des Professions de la Prévention et de l’Accompagnement à la Santé, a choisi de partir du réel et non du fantasme. Son socle fondateur tient en un mot : déontologie. Cela signifie une charte éthique opposable, des définitions précises, et surtout une frontière nette avec le champ médical réglementé. Pas de diagnostic. Pas de promesse de guérison. Pas d’allégations thérapeutiques. Et, chaque fois que la situation l’exige, une orientation claire vers le médecin traitant. C’est cela, la ligne de conduite. C’est cela, la responsabilité.</p>
<p>Ce choix n’a rien d’accessoire. Il n’est ni cosmétique ni administratif. Il est politique, au sens le plus noble du terme. Il consiste à dire que, dans une société saturée de promesses, de croyances, de discours simplistes et d’illusions commerciales, la première mission d’un professionnel digne de ce nom est de ne jamais tromper. Ni sur son rôle. Ni sur ses compétences. Ni sur les limites de son intervention.</p>
La loi du 10 mai 2024 est venue rappeler cette exigence avec force. En créant un délit de provocation à l’abandon ou à l’abstention d’un traitement médical, le législateur a envoyé un message limpide : aucun accompagnement, aucune méthode, aucun discours ne peut prétendre se substituer à un suivi médical nécessaire. Sur ce point, le pays a tranché. Le temps du flou est terminé.
Il faut le dire clairement : la perte de chance commence toujours là où l’encadrement s’efface. Elle commence quand des mots dépassent les compétences. Quand une pratique sort de son périmètre. Quand l’accompagnement, au lieu de rester à sa juste place, se met à singer la médecine sans en avoir ni la légitimité, ni la formation, ni le contrôle. À cet instant précis, ce ne sont plus seulement les règles qui vacillent. Ce sont les personnes.
C’est pourquoi la déontologie n’est pas une contrainte imposée de l’extérieur. Elle est la condition même de la confiance et de la légitimité. Un secteur sans cadre n’est pas un secteur libre. C’est un secteur vulnérable. Vulnérable aux abus, vulnérable aux amalgames, vulnérable aux attaques, vulnérable aussi à ses propres dérives.
Dans ce paysage, le SSI assume une position claire. Le Syndicat des Sophrologues Indépendants rappelle que l’avenir d’une profession ne peut pas reposer sur l’ambiguïté, mais sur la rigueur. Ses adhérents s’inscrivent dans cette logique de structuration collective au sein de la CPPAS, maison commune voulue pour représenter les professions de la prévention et de l’accompagnement à la santé. Le SSI est publiquement présenté comme membre actif de cette chambre, qui entend justement renforcer la lisibilité, la crédibilité et la représentation de ces métiers auprès des pouvoirs publics.
Voilà le vrai enjeu. Non pas protéger des intérêts corporatistes. Mais protéger les personnes contre l’imprécision, contre l’irresponsabilité, contre les glissements dangereux. Il ne peut y avoir de reconnaissance durable sans discipline collective. Il ne peut y avoir de confiance publique sans exigence éthique. Et il ne peut y avoir d’avenir pour les métiers du prendre soin sans cette évidence première : avant toute chose, protéger celles et ceux qui vous font confiance.
La modernité, ici, ne consiste pas à tout permettre. Elle consiste à tout clarifier. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, qu’un secteur peut grandir sans se renier.


